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Illusionniste, un Chomet sans magie

illisioniste

Quelle déception. Quelle dépression surtout. Comment en est-on arrive là ? Qu’a-t-il bien pu se passer dans la vie de Sylvain Chomet depuis les dynamiques Triplettes de Belleville ?

 

Est-ce donc la crise financière qui le déprime tant ?

 

Dans la première heure, on est pris par la magie des cartes postales du Music Hall, des velours rouges épais, des cabarets et des magiciens. Le Paris de Pigalle et ses loupiottes sous le pinceau aquarelliste de Chomet, oui, c’est beau. Et puis il y a le périple, de Paris aux confins de l’Ecosse, de ce magicien vieillissant un peu gauche, sur le tard, qui rappelle très fortement le Hulot de Jacques Tati. Un Tati d’ailleurs qui signait ce scénario jamais tourné. Ce voyage d’un Paris où il n’a pas sa place au village écossais qui découvre à peine l’électricité au milieu des années 50, où il rencontre son public dans un pub attendrissant, grisé par la lumière et par les pintes, fasciné et enthousiaste, est captivant de beauté. C’est au fond de ce pub aussi que notre anti-héros rencontre Alice, adolescente à l’âge incertain, pauvresse qui découvre la magie et… la richesse. L’illusionniste la prend sous son aile, et nos deux compères partent s’installer à Edimbourg. L’ambigüité de cette relation jamais tout à fait filiale, jamais amoureuse, très délicate, est indéniable, mais elle tombe à plat.

Tout est délicat dans cette heure et demi de film. Chomet traite tout du bout de la plume, pas un mot n’est prononcé, ou si peu, chaque mouvement semble calculé pour tomber pile, le dessin a pris on s’en doute des années et des années de travail. Il est donc d’autant plus dommage de constater l’étouffement total du spectateur sous tant de fatalisme, tant de caricaturisme, devant un Chomet qui a voulu rencontrer Tati mais n’a trouvé que la surface de sa forme, et encore. Les parallèles avec l’œuvre du maître sont partout, la relation enfant vieillard, figure du magicien à la Hulot, un magicien que Tati lui même a été… mais voilà, Tati jouait avec un monde existant, un réel qui appuyaient des films comme Mon Oncle sur du solide, pour qu’il atteignent une portée plus générale. Avec l’animation de Chomet, la mélancolie de cette fin d’un monde est réac, surlignée, moraliste.

Alors voilà, tout est fini. Les lumières de Pigalle s’éteignent une à une pendant de longues minutes, les ventriloques meurent dans la rue, les petites filles deviennent d’arrogantes consommatrices, les scènes n’accueillent plus de magie mais seulement des chanteurs de rock hystériques sans talent, les gens n’aiment plus la magie. Et l’on est en droit de soupçonner que Chomet saupoudre le tout d’une critique virulente contre l’animation informatique d’aujourd’hui, notamment lorsqu’alors qu’il vient d’abandonner son lapin (son seul ami ?), le magicien lessivé repart sous la pluie, et que l’image se fait technologique en survolant un Edimbourg pluvieux… si c’est là bien le symbole de la fin du monde, Chomet a vraiment céder le terrain à la facilité.

Il ne fait dans la réalisation de ce film que très peu de cas de l’épopée artistique contemporaine, des clowns (non suicidaires !!) qui animent des salles entières avec des trucs un peu moins poussiéreux, un peu moins Vintage certes, mais toujours plein de magie et de poèmes, sans compter la virulence (car c’en est) moqueuse avec laquelle il dépeint le rock londonien comme une espèce d’hystérie collective bruyante et égotique, où tous les chanteurs sont efféminés à l’extrême, surexcités, bref ridicules.

Là où le film aurait pu être sauvé, c’est sur la sensibilité de la relation entre ce vieil homme maladroit et cette petite Alice qui croit que ses nouvelles chaussures sont apparues par magie. Mais on ne sait jamais où se placer devant cette histoire ; on ne sait comment la prendre, et si l’on se laisse prendre par elle, on craint fort de s’y perdre tout à fait. Parce qu’on ne sait pas si elle y croit vraiment, si elle ne fait pas au bout d’un certain temps semblant. Alors oui, elle est jolie cette histoire. Mais elle est terriblement triste surtout. La fin tombe comme un couperet : l’époque moderne ne laisse plus aucune place à la magie. Bien, sauf qu’en dehors d’être faux et réac, ce constat fait sombrer la tendresse que Tati mettait dans le soin à ses personnages, et les coups de pinceau superbe des Triplettes de Belleville au service d’un propos moraliste, fataliste et suffisant.

Au final, ce film est une vraie déception.

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