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JeanHonoré Fragonard : Le Verrou, entre désir et peinture

dsir et peinture

Un jeune homme enlaçant une jeune femme, un verrou se fermant,  un lit défait, une pomme, et le siècle du libertinage trouve une expression du désir en peinture.

Deux parties composent « Le Verrou » : un couple aux désirs ne s’accordant pas sur la droite, en pleine lumière, et la partie gauche abritant dans la pénombre la métaphore du désir charnel : un lit parfaitement en désordre. La partie gauche composée uniquement de drapés fait penser à nombre de spécialistes de Fragonard que          le peintre a voulu représenter, entre les oreillers et le baldaquin, le corps désirant d’une femme. Le travail des couleurs, des tissus, des détails de composition amènent souvent à y voir une métaphore de l’acte sexuel mais qu’en est-il réellement ?

Fragonard

Reconnu pour son habileté, pour un goût des couleurs poussé à la perfection, pour une virtuosité réelle au pinceau, Fragonard montre ici l’absolu du renouvellement de la peinture au XVIIIe siècle. Résidant à l’Académie de France, il compose « Le Verrou » en 1777 mais cette œuvre ne fut rendue célèbre que par les gravures le reprenant en 1784. Commandé par le Marquis de Véri, « Le Verrou » laisse toujours courir nombre de spéculations quant à sa signification réelle.

Désir et désordre

Fragonard était un peintre au libertinage ardent. Nombre de ses toiles montrent l’expression du désir. Les ardeurs amoureuses de l’amant du « Verrou » sont ici parfaitement claires. Les symboliques érotiques se montrent au spectateur : une chaise renversée, jambes en l’air, une pomme symbolique du péché, un verrou en référence au sexe masculin, un baldaquin montrant le sexe féminin tant par ses formes que par ses couleurs, la force de l’amour et du désir explose. La volonté de refaire l’amour du jeune homme étant claire alors qu’il ferme à nouveau le verrou.

On y voit tout autant l’expression de l’amour profane, libertin, que l’expression religieuse du désir par la pomme perdue à gauche de la toile.

Fragonard a-t-il simplement voulu représenter une scène de genre dans l’esprit libertin, grivois du siècle de Louis XVI ? C’est probable.

Fragonard proche de Rembrandt

En rupture avec ses précédents tableaux, plus clairs, moins maniéristes, Fragonard travaille ici drapés et lumière à la manière de Rembrandt. Epurée, la composition pose sur son « Verrou » une lumière proche de celle des maîtres hollandais. La palette est très restreinte : entre ocre, rouge, blanc, les formes sont lascives et les clairs-obscurs particulièrement évocateurs.

La poésie de cette œuvre majeure de Fragonard tire son originalité du fait qu’elle ne dit rien. Elle suggère tout. Elle laisse au spectateur le soin d’apprécier l’acte amoureux et son renouvellement potentiel.

Un sens caché ?

Les deux amants ont-ils déjà fait l’amour ? Vont-ils passer à l’acte ? Recommencer ? La demoiselle est-elle réellement consentante ? Le libertinage parfois outré du siècle des Lumières atteint-il ici un sommet dans son expression ?

Ces questions sont posées, souvent, mais restent tout aussi souvent sans réponses absolues. Nombre de détails peuvent parfois perdre en conjectures. Toujours est-il que « Le Verrou » s’impose comme l’un des témoignages majeurs de l’évolution de l’esthétique du XVIIIe siècle où les fêtes galantes, par exemple d’un Watteau, commençaient à devenir toujours plus prisées.

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