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Les naufragés du Fol Espoir

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Politique et poétique, un nouveau grand voyage avec Ariane Mnouchkine.

La nouvelle création d’Ariane Mnouchkine, c’est souvent l’évènement le plus attendu d’une saison. L’artiste figure parmi les plus rigoureuses et tyranniques de son temps. On dit de ses comédiens qu’ils sacrifient tout au théâtre, vivant en autarcie totale pendant des mois, pour préparer chaque création comme le chef d’œuvre du siècle, pour que chaque spectacle soit exceptionnel.

 

Et oui, mais le résultat est là. C’est immense, une perle d’art dramatique, une pièce qui frise la perfection. Un vrai grand bonheur que de se laisser partir avec cette troupe loin de nos rives connues, par ces comédiens au sommet de leur art, dans un périple que l’on souhaiterait voir, et revoir, et revoir encore. Et si le texte n’est pas d’une ampleur particulière, on s’en moque bien tellement, pour une fois, il n’est que l’appui, le prétexte.

L’histoire est d’ailleurs assez simple à résumer : la petite fille d’un acteur, parti faire la guerre en 1914, nous raconte le tournage auquel participait alors son grand père. Tournage qui a lieu dans le grenier d’un café muzette parisien au début du cinéma en France et au tournant de la République. C’était un défi, que de croiser les époques et les styles, que de faire jouer sur  scène le tournage d’un film, les prémices d’une guerre mondiale et l’ambiance d’un grenier de cabaret, un pari que Mnouchkine et sa troupe ont gagné, assurément.

C’est un spectacle politique, comme toujours avec Mnouchkine. La pièce se passe juste avant la guerre, et les débats entre Guerre et paix sont tout du long prégnants. Mais il y a aussi un peu de fatalisme dans cette pièce, et l’équipe de copains qui « tourne la manivelle » du cinématographe sur la scène,  comme ce Fol Espoir qu’il filme devant nos yeux ébahis avec une énergie et un dynamisme remarquable, tout cela semble bien nous parler d’une utopie : celle d’un cinéma et d’une époque qui croyait encore pouvoir changer le monde. Aujourd’hui, l’art semble ne plus avoir une telle ambition, il se bornerait à nous raconter le monde.

La quête d’un fol espoir, c’est celle aussi que la poésie mène tambour battant dans la pièce, dans le film, dans les convictions humanistes d’un grand père Jaurèsien, dans l’esprit enfin d’une Metteur en Scène qui pousse chaque fois son art et ses comédiens à dépasser le monde pour partir loin, loin au-dessus, dans l’imaginaire.

Une troupe éblouissante, exceptionnelle, conduit ce voyage étourdissant. Ils sont trente, et pas un qui ne se démarque des autres ; de la soubrette qui court pour changer les décors, à l’assistante du réalisateur, chacun a sa place, un rôle qui fait seconde peau. Fruit du travail incroyablement exigeant de Mnouchkine sans doute, mais aussi d’une passion pour l’art dramatique, la pièce prend toute la place. Lorsqu’on entre au théâtre du Soleil en ce moment, nous ne sommes plus à Vincennes, nous ne sommes plus au XXI° siècle. Nous sommes Jules Verne et Jean Jaurès, aventuriers et humanistes, cinéastes et indiens.

Une petite retenue tout de même : le propos un peu dépassé de Mnouchkine, à l’humanisme un peu lourdement ammené ; mais on passe outre, tant pis, on lui pardonne, tant sa mise en scène est brillante. On doutera juste du choix d’Hélène Cixous pour l’adaptation du texte un peu… légère.

Il n’empèche, les comédiens ont étés rappelés 5 fois par une salle comble (et comblée), debout, en liesse. Comme eux, embarquez au plus vite sur le radeau poétique de Mnouchkine, rien ne saurait justifier que l’on rate cette pièce.

 

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