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Richard II, Podalydès brillant dans une mise en scène de Sastre très décevante

64ème Festival d'Avignon

Véritable essai politique sur l’emprise du pouvoir, Richard II est de loin la pièce la plus humaniste de Shakespeare. En la montant sur le fameux plateau de la cour du palais des papes, puis dans la grande salle des Gémeaux à Paris, Jean Baptiste Sartre a voulu faire mieux que de lui rendre hommage, il voulait la moderniser. Pari difficile, il offre à un immense comédien, Denis Podalydès, l’occasion d’une double première : la première fois qu’il participe à un Shakespeare, et ses premiers pas dans la cour d’honneur du palais des papes.

 

Et ses pas sont ceux du géant du théâtre qu’il est, incontestablement. Sur cet immense plateau où la magie a tant de fois opéré, le sociétaire émérite de la Comédie Française émerge sous les traits d’un roi intime et pourtant tragique. Ce personnage rendu minuscule par la couronne dont il lui faut se déprendre au bénéfice d’un autre, exilé de lui même alors que son pouvoir s’effiloche et se dissout, est par moment sur scène incarné brillamment par un comédien au talent décidemment incontestable.

Il est aidé il faut le dire par un texte de Shakespeare parmi les plus beaux. C’est une pièce forte et déchirante que ce Richard II, la cristallisation du moment fatal de doute dans l’exercice du pouvoir, la descente aux enfers d’un roi qui se fait tout entier paradoxe entre le poids de la couronne et la fadeur de la vie sans elle, et qui dès lors va sombrer. Cette pièce, Jean Vilar l’a révélée en 1947 ; Mnouchkine en a fait un spectacle fabuleux en 1983; le Berliner Ensemble l’a donnée à Paris ce printemps. Trois mises en scène tenues, tendues, marquantes.

Celle de Jean-Baptiste Sastre par contre, donne le sentiment d’une hésitation perpétuelle, qui s’est communiquée aux comédiens désunis. Parce que malgré le charisme de l’acteur principal, la scénographie ne prend pas, et la chorégraphie d’ensemble manque à l’appel. On imagine aisément le trac incroyable qui doit être celui de ces quinze comédiens, tous d’horizons très variés, et l’on est vite amené à se sentir plein de compassion pour eux. Car si Podalydès est rayonnant sous la couronne de bouffon de ce roi trop petit pour elle, il est entouré de comédiens désunis et malmenés, en manque de direction et de mise en scène. La troupe composite qui entoure ce Richard II ne paraît pas se croire à la hauteur du sociétaire de la comédie française ; comme s’ils ne se pensaient pas capables de tenir avec justesse ces quelques heures de scène, ils comblent leurs lacunes par une hystérie et un débit de texte tour à tour extrêmement irritant, puis fade et grotesque. Dès la première scène, on est saisi d’angoisse à l’idée de ce qui va suivre : alors que Mowbray se lance dans son premier monologue combattif, on se pose déjà mille questions : pourquoi avoir choisi de travestir le joli minois de Bénédicte Guilbert dans ce rôle de soldat ? Et pourquoi diable crie-t-elle, qu’a-t-elle donc à courir après le texte de la sorte ? Et ainsi de suite. Certes, il faut bien rendre justice à Nathalie Richard, qui donne à la Reine une contenance remarquable et un désarroi vibrant ; pourtant Sastre lui n’a pas du voir ce talent-là, il en fait un personnage extrêmement secondaire, effacé, volontairement sans doute.

Le Richard II de Jean Baptiste Sastre n’est donc pas loin du désastre. Il a pourtant tenté d’y mettre les formes, faisant appel à Sarkis pour repeindre de lumières contrastées la scénographie sobre, ainsi qu’à tout un panel de technique, son et lumière ultrasophistiqués, qui vient en renfort de la pièce, mais ne nous fait pourtant pas oublier sa fadeur. Si Sastre a voulu dépouiller Shakespeare pour le rendre intime, il nous a, nous spectateurs, privés de toutes possibilités d’émotions en faisant de la plume du maître anglais une bafouille pour comédiens paniqués.

Heureusement, entend-on à la sortie du spectacle, heureusement que le charisme de Podalydès fonctionne ! La pièce se traine et le temps s’allonge, et les applaudissements polis et rapides qui marquent la fin de ce triste spectacle sont tous sans équivoque dirigés vers un seul et unique protagoniste, Richard II.

 

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