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8 fois debout

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La comédie sociale fait carton plein au cinéma ce printemps. Alors que sort Mammuth, film émouvant sur les premiers jours de la retraite d’un homme qui part en quête de ses anciens bulletins de salaire lorsqu’il faisait des petits boulots, un autre film vient dépeindre cette France des précaires. Il s’agit de 8 fois debout, premier long-métrage du très prometteur Xabi Molia.

 

C’est l’histoire d’Elsa (Julie Gayet), trentenaire au bord du gouffre, baby-sitter le jour, femme de ménage qui nettoie des bus la nuit. Elle s’est séparée du père de son enfant, qui en a obtenu la garde. Si elle veut récupérer la garde de son bambin de 10 ans, il lui faut justifier d’un emploi stable. D’autant qu’à force de cumuler les petits boulots, elle en a oublié de payer son loyer. Au bord de l’expulsion, elle enchaîne les entretiens d’embauche, qui se révèlent tous désastreux.

 

Elsa rencontre Mathieu (Denis Podalydès), son voisin de palier, au chômage pour « prendre du recul ». Ensemble (c’est toujours mieux à deux), ils imaginent les phrases chocs « le doute est ma principale qualité » qui devraient leur permettre de séduire les directeurs des ressources humaines.

 

Le film emprunte son titre à la situation d’Elsa, qui chaque fois se redresse, « sept fois à terre, huit fois debout ». Mais fragilisée par des années de lutte, elle se laisse peu à peu emporter par le modèle de vie de Mathieu. Ensemble, ils vont connaître la déchéance. Expulsés tour à tour de leur logement, ils vont faire le choix de rester en marge, las de se mentir à eux-mêmes, comme une étape nécessaire pour se retrouver. Le retour à la nature est assez présent dans le film, par exemple lorsqu’ Elsa rêvasse en haut de son arbre et lorsque Mathieu se construit sa cabane dans la forêt tel un ermite.

 

Ce film met en lumière ces choix cornéliens qui s’imposent dans une quête de la réussite sociale, entre désir d’être soi et pressions de la société, où l’accomplissement de la personne passe par l’obtention d’un travail.

 

Xabi Molia signe là une chronique sociale aussi légère que cruelle, passant du tragique au comique (l’humour du désespoir) tout en prenant soin d’éviter avec brio le trop plein de clichés misérabilistes.

 

On découvre une Julie Gayet rayonnante, touchante, drôle, qui a d’ores et déjà obtenu un prix d’interprétation (au festival de Tokyo) pour son rôle. Denis Podalydès nous régale dans ce rôle de looser, un comble pour ce sociétaire de la Comédie Française !

 

La bande originale rythmée par la mélodie pop du très bon groupe Hey Hey My My, achèvera de teinter ce film de la couleur du cinéma indépendant américain qu’on aime tant.

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